Talhèr d'escritura 

Desempuish la rentrada de marteror, un petit grop de collegians que participa a un talhèr d'escritura entre 12ò30 e 13ò30 lo diluns dab Delfina Furnari, professora de francés e d'anglés. 

Dens l'encastre d'un concors organizat per l'associacion Franco-Argentina de Bearnés de Pau suu tèmi de la migracion bearnesa dinc a Rio de la Plata, los collegians qu'inventan e qu'escriven ua istòria. 

Que son hèra motivats e l'istòria que serà bethlèu acabada. 

De descobrir pro viste sus la lètra de fin d'an. 

Mi lugar en el mundo

 

24 Août 1869

Cher journal,

Je sentais que quelque chose d'important se passait à la maison... Et ce matin, j’entrai dans la cuisine et j’entendis papa et maman parler :

                                                         -« Ròsa ne pòt pas anar sola tau Rio de la plata ! Qu’ei tròp joena, n’a pas que 16 ans ! Quin va har tà s’organizar en lo batèu, ne li èi quitament pas après a cóser. »                                                                                                                            

  Je me cachai derrière le poêle en continuant à les écouter : 

                                                         -« Ne serà pas tota sola, que i serà lo  hrair, Artús, qu’ei pro gran, 22 ans, que la saberà protegir e neurir. N’avèm pas la causida , que son los mei grans e qu’ei la crisi, la famina, ne’us podem pas neurir a la lor hami ; a jo tanben que’m hè pena mes que’t prometi qui se’n van sortir. » dit papa.                

                                                                                                  

   Papa prit maman dans ses bras mais elle le rejeta, claqua la porte de sa chambre où elle s'enferma pour pleurer. Je courus voir mon frère aîné, Artús, qui devait m’accompagner en Argentine. Je lui racontai tout mais il avait du mal à me croire. Alors voilà, le 15 octobre 1869, je devais partir avec mon frère Artús en bateau pour rejoindre le Rio de la Plata en Argentine. J’étais … stupéfaite, abasourdie, scandalisée. Tout ce que l’on connaissait jusqu’à aujourd’hui allait et devait disparaître en quelques jours.

 

29 Août 1869

J’allais montrer à Artús par la fenêtre la chambre de nos parents où il y avait maman qui pleurait et papa qui répétait sans arrêt :                                                                                                 

                                                           « Qu’ac sèi, qu’ac sèi mes qu’èm obligats… »          

Et Artús, bouche bée qui me regardait tout penaud, il ne voulait pas le croire mais il était bien obligé.

 

31 Août 1896

 Papa et Maman nous ont expliqué que l’on devait partir, et toutes les conséquences que cela comprenait. Artús et moi avions les larmes aux yeux, la gorge serrée.

 

15 Septembre 1896

Papa et Maman essayent de passer plus de temps avec nous et ils nous ont promis de nous écrire une lettre quand on serait là-bas…

 

28 Septembre 1896

Cher journal,

 Je suis désolée, je n’ai pas pu beaucoup écrire ces temps-ci car nous faisions les papiers pour le voyage. Le bateau s’appellera Harriet.

 

1er Octobre 1896

Plus que 15 jours sur ma terre natale, avec mes proches. Artús est en pleine dépression et moi… Pfff, je ne sais même pas comment je pourrais expliquer, je ne m’y attendais pas et j’ai tellement de mal à l’imaginer.

 

Du 3 jusqu’au 10 Octobre 1896

Nous faisons nos valises en ne prenant que le nécessaire pour ne pas voyager trop lourd. Artús et moi disons adieu à tous nos amis. Voici une conversation avec une de mes meilleures amies :                                                                               

                                                           « -Que’m vas mancar Ròsa, quin vau har shens tu ?                                                                      

                                                           - Qu’ac sèi, que’m hé mau a jo tanben… »

 

15 Octobre 1869

Le jour J… Il est 6h du matin, nous disons adieu à nos frères et sœurs et à nos animaux. Papa et maman vont nous accompagner jusqu’au port. Nous prenons nos valises, nous sortons de la cour et nous passons le portail, un grand vide nous envahi. Je me retourne avec mon frère et… Nous regardons notre maison pour la dernière fois, comme pour ne jamais l’oublier. Des larmes coulent sur mes joues et j’ai la gorge serrée. Nous marchons jusqu’à la charrette, ce chemin, je le prends tous les jours pour aller à l’école mais aujourd’hui, c’est la dernière fois, je me rappellerai toujours de ses grands peupliers où le vent souffle dedans et ses petits graviers qui chauffent au soleil. La jument, c’était Opaline, elle m’avait été offerte pour mes 10 ans. Le voyage dura 3 heures. Je vis la mer, pour la première fois, c’était magnifique. Mais nous devions partir. Maman pleurait, nous aussi et papa était triste aussi mais il ne pleurait pas.   

 

16 Octobre 1869

Cher journal,

Hier, nous sommes partis, mon frère Artús et moi, pour le Rio de la Plata. J'étais inquiète de cette traversée mais mon frère était là.

Nous sommes sur le paquebot Harriet, il me tarde tant de découvrir ce grand navire et de commencer une nouvelle aventure.

Je vais aller manger et ensuite j'irai me coucher....

A plus tard.

C'est ma première nuit sur le bateau et j'ai beaucoup de mal  à dormir ce soir car je ne me sens pas très à l'aise. J'espère que cela ira mieux les prochaines nuits.

 

18 Octobre 1869

Cela fait déjà deux jours que nous sommes dans le paquebot. J'ai aperçu un groupe de filles qui doivent avoir mon âge et qui parlent entre elles:

                                                           - Que’me triga tant d'estar arribada suu Rio de la Plata!

                                                           - A jo tanben, n'aimi pas lo batèu!!!! Qu’èi enveja de tornar sus la tèrra. »

Ce soir, je partirai découvrir les recoins du navire que je n'ai pas encore explorés....

 

 

19 Octobre 1869

Hier soir, je suis donc partie en exploration et j'ai découvert les cabines, les dortoirs et la cuisine....

Je suis trop timide pour approcher les jeunes filles, j'ai beau essayer mais c'est hors de mes capacités. A chaque fois que j'essaie de parler, je bégaie.

 

23 Octobre 1869

Cher journal!

C'est le plus beau jour de ma vie!! Tu ne peux pas imaginer!

J'étais seule dans mon coin, je pensais à ma vie en Argentine et je regardais les gens marcher sur le pont du bateau...... Quand soudain, une jeune fille passa devant moi, je ne l'avais jamais vue auparavant, elle me dépassa et fit demi tour. Nos regards se croisèrent et elle s'adressa à moi:

                                                           - Adishatz, que m'apèri Lisette. E tu? D’on vienes? E parlas occitan? Perqué es aciu tota sola, com ua prauba petita?

Je commençai à me demander de quoi elle se mêlait puis je lui répondis:

                                                           - Que m'apèri Rosa, que soi de Pau. E tu?

                                                           - Jo, que vieni de Bordèu...

 

Bon, enfin une amie à bord, si on peut appeler ça comme ça. On a parlé pendant une demi heure et après je lui ai présenté mon frère Artús. On faisait de plus en plus connaissance. Lisette est très amusante et pleine de vie!

 

 

24 Octobre 1869

Aujourd'hui, je parlai beaucoup avec Lisette de notre vie en Béarn: l'école, les amis, la ville d'où nous venions et de la famille..... J'appris qu'elle avait une soeur de 4 ans, Jeanne qui était  restée à Bordeaux , son père se nommait Louis et sa mère Marie, elle avait un chat du nom de Mitaine.  Elle voyageait avec son grand frère Joan. Et la bonne nouvelle fut qu'ils avaient un oncle en Argentine qui les attendait.

 

30 Octobre 1869

Je n'ai pas trop écrit car je m'amuse très bien avec Lisette. Il ne reste que trois jours encore. Lisette et moi étions toutes excitées d'arriver sur le Rio de la Plata. Cela  allait être très bien.

 

1 Novembre 1869 

Je dis à Lisette:

                                               - Doman qu’èm arribadas, lo temps qu'ei passat hèra viste.

                                               - Òc, qu'ei vertat, hèra viste!

Demain, c'est le grand jour pour moi, et sûrement aussi pour les personnes qui étaient dans le bateau . Une nouvelle vie en Argentine! Quelle aventure extraordinaire! J'étais toute impatiente.

 

2 Novembre 1869

Enfin le grand jour, le bateau accoste dans quelques petites heures maintenant. Nous descendrons du paquebot Harriet avec Lisette, Artús et Joan. Cela fera bizarre d'être sur le sol Argentin. Tout le monde se bousculera pour sortir du bateau, mais je serai contre mon frère qui me protégera.

 

 

2 novembre 1869

Ça y est, nous sommes arrivés. Quelle émotion cela nous a fait à mon frère et moi. Tout ces gens, ces Béarnais qui arrivent de leur pays, débarquent de toutes parts, contents d’arriver sur cette terre de prospérité comme ils l’appellent. Terre où ils vont avoir une nouvelle vie.

Le mélange de tristesse et de bonheur que nous procure ce moment… fantastique.

Nous nous trouvons dans « l’hôtel des immigrants » dont nous a parlé notre père.  

 

3 novembre 1869

C'est affreux ! Les éviers sont sales, nous dormons sur des toiles tendues en guise de lits. Les repas sont de très mauvaise qualité. Vivement que l'on sorte de là ! 

 

4 novembre 1869

Je pense que nous allons rester là un petit moment encore. Artús cherche du travail désespérément. Pour l'instant nous visitons la ville. Quelques fois je repense au Béarn, à la famille. Vont-ils nous rejoindre ? J’attends avec impatience leur lettre.

 

5 novembre 1869

Joan et Lisette nous on rendus visite à l'hôtel. Ils logent chez leur oncle qui est agriculteur. Il nous a proposé de nous héberger le temps que nous trouvions du travail. Nous avons accepté avec plaisir et depuis Joan et Artús cherchent ensemble du travail .

 

6 novembre 1869

Enfin cette lettre que nous attendions tant ! Ce sont nos parents qui nous ont écrit. Ils nous parlent d'eux dans leur pays, que tout est toujours aussi difficile et ils demandent de nos nouvelles. Cette lettre a remonté le moral d' Artús. Nous nous sommes empressés de leur répondre.

 

7 novembre 1869

Joan et Artús ont trouvé un petit emploi dans une épicerie de quartier. Cela fonctionne bien pour le moment. Lisette et moi, nous aidons son oncle sur l'exploitation agricole.

 

30 novembre 1869

Tout se passe à merveilles ! Nous avons assez d'argent pour louer un appartement en ville. Aussi, Artús veut s'acheter une roulotte pour voyager, peut-être dans quelques mois. ..

 

 15 décembre 1869

Nous avons envoyé une lettre à notre famille béarnaise avec un peu d'argent, en espérant qu'elle arrive pour Noël. Nous ne sommes pas habitués à ce Noël en plein été, cela nous fait bizarre.

 

25 décembre 1869

Joyeux Noël ! Quel dommage que nous ne soyons pas aux cotés de notre famille. Nous passons quand même d'agréables moments avec nos amis. Nous avons partagé un bon repas avec la famille de Lisette et Joan. Nous avons même pu nous offrir des petits cadeaux. J'ai reçu un nécessaire à coudre.

 

30 décembre 1869

Une lettre de nos parents est arrivée. Ils nous souhaitent un joyeux Noël, malgré quelques jours de retard. Les deux hommes ont toujours leur emploi dans cette épicerie, mais Artús va bientôt s'acheter la roulotte. Il compte faire le tour du pays. Quelle folie !

 

1er Janvier 1870

Bona annada !

De grands feux d'artifices illuminent la ville. Nous nous sommes promenés dans le centre de Buenos Aires.  C'était fantastique et tellement différent de nos réveillons béarnais !

 

20 Janvier 1870

Mon frère et Lisette nous ont annoncé leurs fiançailles.

Il s'est aussi acheté sa roulotte et compte nous amener avec lui pour son projet de faire le tour de l'Argentine. Nous sommes tous très excités à l'idée d'une nouvelle aventure !

 

6 Février 1870

Artús compte partir dans deux semaines. Nous allons voyager tous les quatre. Ils ont tracé notre itinéraire sur une carte et nous avons commencé les préparatifs.

 

23 Février 1870

Nous avons envoyé une lettre à notre famille et fini les derniers préparatifs. Nous partons demain à l'aube.  

 

24 Février 1870

Et voilà, nous avons dit au-revoir à leur oncle et nous sommes partis. Cette nuit nous dormons dans un hôtel de San Clemente del Tuyu. Notre voyage devrait durer quatre mois environ si tout se passe bien.

Hasta luego !

 

Voici ce que je découvris en lisant le journal intime de ma grand-mère, trouvé dans le grenier de sa maison à Buenos Aires.                                                                                    

 

 

Alix Mallet-Baucor, Octavie Cardeilhac-Charbonnier  et Eric Ruiz. Elèves au Collègi Calandreta de Pau.